La prunelle de ses yeux

Je relate en français aujourd’hui un épisode de ma vie riche d’expériences, d’apprentissages pour mon étude sur les relations amoureuses et le digital.

J’avais décidé de retrouver ma douce et chère amie Amandine, également professeur de yoga. Chez Prune devant le Canal Saint Martin, pour changer un peu, why not ? Un mois auparavant, j’avais fait la connaissance d’Arnaud, un charmant psychothérapeute qui m’avait demandé de lui faire signe pour prendre un verre à mon retour de voyages. Chose dite, chose faite, pensant peut être qu’Amandine pourrait apprécier cet individu intéressant et vice-versa, je conviai Arnaud chez Prune. Au dernier moment, Alex, un ami de longues dates se joignit également à nous, accompagné d’un ami iranien ingénieur et yogi. 

Les débats furent variés et passionnant : tout d’abord la rencontre amoureuse, l’Amour des autres, de Soi. Arnaud fit des louanges sur ma personne et Alex également. Quoi de plus rafraichissant et gênant à la fois. « E. est une femme qui a tout et tel peut être son défaut finalement : elle est très belle, très intelligente et surtout positive » Je leur avouai ma difficulté à trouver quelqu’un avec qui je me sentirai épanouie. J’expliquai ce rejet pour des raisons de « peur » notamment. Peur enfouie en moi d’être blessée ou abandonnée mais également peur de l’homme en face, de ne pas être à la hauteur. Il faut s’aimer pour accepter d’aimer l’autre.

On parla de Zarathoustra, du fait que toute chose au monde a une part de lumière et d’ombre puisqu’il existe un soleil et une lune. Des choses qui raisonnèrent énormément en moi puisque je suis certaine que nous avons une part de bien et de mal en nous. Ce que nous voyons de négatif ou qui nous fait peur chez l’autre est en fait un reflet de notre propre travers ou défaut. Les serveurs chez Prune couraient dans tous les sens, nous faisions énormément de bruit et demandions beaucoup de carafe d’eau. J’aime cette simplicité, j’aime ce melting-pot de bobos parisiens dans ce bar. La conversation vira au débat politique et mes pensées se perdirent au loin vers la fenêtre, observant cette boite aux lettres peinte au couleur de notre République. Je pris une photo de notre belle assiette de fromage et charcuterie sans doute pour la poster sur mon blog sur Paris. J’étais sereine et je me sentais élevée intellectuellement par ces individus que j’avais choisi d’inviter à cet apéro. Nous n’étions que quatre et pourtant je pouvais ressentir toute une société à notre table. 

Il y a environ une semaine – le 22 décembre 2014, j’ai fait la connaissance de Paolo (via Happn) un architecte italien qui vit à Paris depuis quatre ans. J’ai beaucoup aimé son énergie et après un bref aperçu chez Cojean en milieu d’après-midi, je lui ai proposé de venir me retrouver après son travail pour un verre. On a discuté de minuit à 2 heures du matin et on a ensuite marché du 9ème au 17ème par cette belle nuit hivernale (car c’était le premier jour de l’hiver : 14°).  Je l’ai revu dimanche dernier pour une virée en Vespa vintage et un câlin sensuel sleep-over à la maison. Évidemment, mon seuil d’ocytocines est monté si haut après cette douce nuit que mes pensées lui étaient adressées le lundi suivant.  

Nous sommes mardi, je suis avec mes amis chez Prune et je reçois un message de mon Italien. Il prend des nouvelles, c’est déjà un bon début, affaire à suivre. Il ne fut pas mentionné durant notre verre entre amis. Alex et Arnaud s’entendaient merveilleusement bien ce qui me fit très plaisir. Pour une raison indéfinie, j’avais pour Arnaud cette sensation mélangée d’affection et d’admiration combinée avec de la méfiance et de l’agacement. Nous continuâmes notre parcours vers le Comptoir Général. Je me mis à danser légèrement sur cette mini piste de danse dans la deuxième salle. Arnaud me parla de peur, d’amour et tout d’un coup s’approcha pour m’embrasser. Je refusai. Il persista. Je refusai poliment en prétextant ne pas être certaine et surtout prête à recevoir ce baiser. Il reposa ses lèvres sur les miennes. Là, j’eus un choc dans la poitrine, j’eus peur de le perdre en tant qu’être humain ou ami si je puis dire. Je ne le connaissais pas depuis longtemps mais j’avais énormément accroché avec lui. L’envie de le garder dans ma vie fut plus grande que ma ferme intention de refuser catégoriquement quoi que ce soit. Comment être certaine à 100% qu’il ne m’attirait pas ? Ne serait-ce pas toujours le même schéma avec des hommes que je n’aimais pas ? L’intuition me fit alors complètement défaut … Je n’avais aucunement envie de l’embrasser et basta! Comment ne pas comprendre cela? Avais-je oublié d’écouter mes sensations?

Son ami devait ensuite nous rejoindre. La technologie est bien faite et il reste des hommes honnêtes sur cette planète puisque un serveur chez Prune avait récupéré le portable oublié d’Arnaud. Le patron avait du appeler Jéremy (son meilleur ami) qui s’était empressé de m’appeler pour me tenir informé. Or, chose marrante, Jérémy était en date avec Gäelle, une super amie du lycée que j’avais décidé de revoir il y a plus d’un an.

Arnaud me proposa alors de les rejoindre. Ma fatigue était insurmontable pour aller reprendre un verre. Je lui proposai de le déposer au bar qui était sur le chemin du retour en Uber. Le Uber Pool arriva : Jasmine était confortablement installée à l’arrière. On se serra et je me retrouvai au milieu entre Arnaud et Jasmine fraichement rencontrée. Elle nous raconta qu’elle venait de faire une Tinder Date directement chez le Tinder Date, pour la faire plus simple : elle avait passé un super moment en la compagnie d’un inconnu. Il s’appelait Ronan, moitié italien/moitié des Caraïbes. Elle nous dit : « je ne vous reverrai jamais donc je peux vous raconter ma soirée ». Sans aucun tabou, sans aucune honte, elle nous expliqua qu’elle sortait d’une relation sérieuse et qu’elle venait d’installer l’app Tinder. Elle planifiait beaucoup de dates et elle « ne s’attendait plus à rien ». S’il devait la recontacter, cela serait une belle surprise sinon tant pis ! 

Quelle tristesse, quelle douloureuse façon de voir les relations amoureuses ? Sommes-nous tous tombés dans cette abime de l’insignifiance ? Cette ivresse du fast-plaisir pour assouvir un désir sexuel me dégoute. Cette soif de l’inconnu, du soi-disant lâcher prise du « qu’en dira-t-on » me traumatise. Jamais je ne voudrais heurter un autre être humain, jamais je ne pourrais voir une rencontre sur internet comme quelque chose de simplement sexuelle. Si connexion il doit y avoir alors connexion il y a aura, internet ou pas. Au final, cette soirée fut complète. Une tentative échouée, une date plutôt réussie, un coup d’un soir.  Beaucoup de contenu pour mon bouquin cela dit. Nous cherchons toujours l’Amour, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, laissons-le simplement arriver sereinement. 

La prunelle de ses yeux